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Cérémonies et rituels

« Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le coeur… il faut des rites ! »
Le Petit Prince de St-Exupéry

Les êtres humains ont besoin de donner du sens aux grands événements de la vie, souvent publiquement. C’est la fonction du rituel. Chargé de sens, il est structurant, il endigue l’angoisse, il indique un passage, une transition.
La mort n’y échappe pas… c’est une des raisons de nos rites funéraires, aussi vieux que la vie et la mort ! En effet, même s’il n’est pas ancré dans une tradition religieuse, le rituel funéraire est toujours spirituel, en lien avec un questionnement existentiel sur le sens de la vie, de la maladie, de la souffrance, de la mort et d’un éventuel au-delà.

Depuis des siècles, c’est l’Eglise – en Occident en particulier – qui avait la « clé » du rituel funéraire. A l’heure actuelle, où la pratique religieuse est en forte diminution, ce rituel religieux a tendance à perdre de son sens pour nombre de personnes qui ne sont plus en lien avec une communauté ecclésiale. Pourtant le rite est nécessaire afin d’entrer dans l’étape qui suit, celle de réapprendre à vivre, avec l’absent… étonnant paradoxe ! « Les rites funéraires accompagnent la transition du monde des vivants vers le monde des morts… Mais le rite ne se contente pas de constater ; il opère également une transformation. Après le rite funéraire, le corps du défunt n’est plus accessible de la même manière qu’il l’était avant le rite. Ici, le rite exerce un pouvoir séparateur… » (Pierre-Yves Brandt, professeur associé de psychologie de la religion).

Chaque cérémonie devra alors être unique, personnalisée - mais pas forcément exceptionnelle ! - indépendamment des moyens financiers des personnes endeuillées.

Gérard Berney, aumônier


Question à Valérie Winteler,

maîtresse de cérémonie laïque, qui a choisi ce métier sur les pas de Marianne Guignard, « pionnière » dans le domaine.

- Un rituel que l’on réinvente toujours, est-ce que c’est encore un rituel ?
[Sans hésitation] « Oui. Par le fait même de se rassembler en un lieu - ce peut être une église ou le bord d’un lac - de célébrer la mémoire de quelqu’un et d’évoquer sa vie, on entre dans un rituel. Ce qui est important, c’est de mettre du sens, pour ceux qui restent.

L’essentiel réside dans cet espace temps. Ce qui nous manque aujourd’hui, c’est du temps et de la concentration. Être là, entièrement présent. Ne pas avoir envie de regarder sa montre. Les mots, la musique ou les actes symboliques peuvent être différents. On peut changer les gestes, le rituel reste. […]

Je ne me lasse pas de dire combien il est important de parler, d’annoncer la peine infinie qui peut être la nôtre… Dans le haut Moyen-Age, il existait le rituel de l’annonce, tant vis-à vis de la famille que de la communauté. Sur place, les animaux avaient droit à être informés. On voilait les ruches…»


Interview recueillie par Francine del Coso, journaliste



  • PETIT MANUEL DES RITES FUNÉRAIRES, Collectif, La Joie de lire, 1999

  • FUNÉRAILLES - CÉRÉMONIES SUR MESURE, Jeltje Gordon-Lennox, Labor et Fides, 2011

  • www.ceremonia.ch

  • www.funeralia.ch

  • www.intermeo.net
















  • A la sortie du service funèbre de son jeune professeur qui s’était suicidé, cet enfant de 12 ans demande à sa maman : « Pourquoi il est mort ? »
    Bonne question, alors qu’il venait d’entendre un brillant éloge du défunt, mais sans une parole proposant une interrogation sur le sens, voire le non-sens de la vie, de la mort…



    Un jeune homme de 19 ans : « C’était mon premier enterrement, c’est stupide, mais je ne savais pas comment on s’habille… Je ne voulais pas froisser la famille. Heureusement, j’ai compris que c’était décontracté. »






    Complément "Cérémonies et célébrants"



    Témoignage: Danièle Crelier, la maman de Virgile

    Le 23 mars 2012, le Chaux-de-Fonnier Virgile Crelier s’est noyé dans le lac Léman. La cérémonie a eu lieu six jours après son décès.

    « Une cérémonie tellement particulière, à l’image de ses 18 ans. »

    « Ce qui a préparé à la cérémonie, c’est tout ce qui s’est passé avant. Le jour de sa mort, à l’institut médico-légal, on nous a laissé quelques secondes, le temps de reconnaître le corps, c’était six heures le soir, il fallait se dépêcher. Il avait déjà été autopsié. J’ai juste eu le temps de dire : « Oh, mon petit garçon…» Tout de suite, j’ai voulu qu’il soit chez nous, je ne voulais pas qu’il soit dans une chambre mortuaire. J’ai la chance d’habiter une maison à l’esprit communautaire où il y a ce que l’on appelle « le p’tit appart », une pièce commune où nous avons mis le cercueil de Virgile. J’ai dormi là, son père et son épouse étaient là, aussi. On a pu être avec notre fils, pendant trois jours jusqu’à ce qu’on ait l’impression, son père et moi, que l’énergie de vie qui était encore dans son corps était partie. La troisième nuit, j’ai dit : « Est-ce que tu penses, comme moi, que Virgile est parti cette fois ? » Il m’a dit oui. Et le lendemain matin, on l’a emmené dans une chambre funéraire. Ainsi, on a pu le garder six jours, ça m’a permis de prendre de la distance avec son corps.

    Pendant les trois jours où nous l’avons veillé à la maison, il a fait très beau, donc on a pu accueillir les gens dans le jardin, aussi. D’abord il y a eu toute la famille, nos amis et les amis de Virgile - qui n’avaient jamais vu de mort. Il y a eu un monde, mais un monde… Ses amis sont arrivés avec des petits cadeaux, qu’ils ont déposés dans le cercueil près de Virgile. Ça nous a fait tellement chaud au coeur de voir tous ces jeunes, ensemble. Et ils nous ont parlé de Virgile, j’ai appris encore beaucoup de choses sur mon fils. C’est quelqu’un qui était porteur d’une très grande créativité, un musicien, un poète. Pour ses amis, quelqu’un qui avait décidé d’être positif, extrêmement gai et joyeux. Et au fil des heures, sur la musique de Virgile, on a dansé. Et là, on s’est dit : « Il faut que l’on fasse une cérémonie qui ait un lien avec la vie de Virgile, telle qu’il la vivait, avec ses 18 ans. » On a décidé qu’il n’y aurait que de la musique de Virgile, sauf un morceau pour son père et un pour moi. Et ses amis ont écrit des textes, qui disaient qui était Virgile. Son papa a parlé, j’ai parlé aussi. C’est vrai que dans un deuil aussi fort, pour moi, parler devant la famille, devant ses amis, c’était rendre hommage à mon fils. J’ai parlé de notre récent voyage en Mauritanie et j’ai lu un texte de Virgile, « Rien n’est réel pour toujours ». La cérémonie a duré deux heures et a réuni plus de quatre cents personnes. Elle reflétait totalement la personnalité de Virgile, la façon dont il vivait à ce moment-là et ce dont nous avions besoin, nous, sa famille. Les amis de Virgile étaient près de nous. Tous les premiers rangs étaient occupés par la famille et la jeunesse. La jeunesse de Virgile.»



    Témoignages: deux amis de Virgile

    « L’idée que j’avais d’un enterrement, c’est qu’on entre dans le centre funéraire et qu’on est écrasé. Puis, on rentre chez soi et on pleure. De l’enterrement de Virgile, je suis sorti… allégé et je suis content. »

    « Deux jours après sa mort, on a pensé avec sa maman que le mieux était de supprimer son compte Facebook. On l’a fait tout de suite. Je ne sais plus exactement comment, je n’avais pas son mot de passe, mais il y a l’adrénaline de ces jours-là… Une drôle de sensation. Plus tard, je pense que ça aurait été plus difficile. C’est une trace, on peut avoir envie de la garder, ça laisse en vie.
    En vie virtuelle.
    Son profil Facebook a disparu, mais il nous reste les écrits et la musique de Virgile. »

    Témoignages recueillis par Francine del Coso, journaliste