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Le deuil… une maladie ?

Le deuil n’est pas une maladie… et pourtant j’ai besoin de prendre soin de moi lorsqu’un de mes proches décède.

« Faire son deuil »… une expression que l’on utilise facilement, et pas seulement à la suite du décès d’une personne. On l’entend parfois au sujet d’un projet non-abouti, d’un portemonnaie perdu… banalisant le travail de deuil que l’on est « condamné » à entreprendre, si on veut reprendre pied dans la vie, à son rythme évidemment, après la mort d’un être cher.

Le deuil… une douleur

Le deuil est une douleur qui atteint l’être dans sa globalité : le corps et tout ce qui touche au physique ; le psychisme et ses émotions ; le spirituel en lien avec la question du sens ; le social et ses relations. Le deuil est une blessure de l’âme, de l’être intérieur, en profondeur, qui fragilise l’ensemble de la personne. Il faut donc compter avec le temps… incompressible, et dont la perception n’a pas la même intensité d’une personne à l’autre.

Le travail de deuil

« Ta mort me donne beaucoup de travail », affirmait Christian Bobin dans l’un de ses livres. Car il s’agit bel et bien d’un travail qui, s’il peut se faire « naturellement » – pour ne pas dire spontanément – lorsque le réseau social et les circonstances du décès le rendent possible, nécessite parfois une aide personnalisée, voire professionnelle.

Dans notre environnement culturel, on ne porte plus le deuil de manière visible. La personne endeuillée demeure cependant fragile ; elle a droit à des égards adaptés à sa souffrance. Plutôt que de faire « comme si », banalisant la blessure provoquée par la mort d’un proche, voire la niant, il s’agit de prendre soin de soi, parfois à travers un processus communautaire. Dans le canton de Neuchâtel, il existe quelques offres de soutien pour les personnes endeuillées, qu’elles soient individualisées ou collectives. Nos croyances populaires nous incitent à oublier au plus vite ou à ne plus en parler afin de tourner la page rapidement. Le travail de deuil, au contraire, consiste à traverser consciemment - plutôt que d’éviter - sa souffrance afin d’engranger des souvenirs pour ne pas oublier. Cette démarche permettra alors d’accueillir définitivement, en son être intérieur, la mémoire de la personne décédée. En effet, le travail de deuil est le garant du non-oubli.

La souffrance des proches

Bien avant la mort, les proches ont déjà accusé le coup de la nouvelle d’un cancer, d’une maladie neurologique grave. Culpabilité, désarroi, colère et angoisse : toutes ces émotions, ils les ont ressenties. La séparation, ils y avaient pensé. D’une certaine manière, le deuil était déjà entré dans leur existence. Et pourtant vivre une mort et se retrouver devant l’absence, le vide, orphelin, veuve ou endeuillé, on n’y est jamais vraiment préparé. Encore moins dans le cas d’une mort violente.

Les émotions vécues dans ce temps se succèdent ou se mélangent. Le choc et le déni dureront quelques jours à quelques semaines tandis que la colère et la dépression se prolongeront peut-être pendant de longs mois. Ces étapes sont normales et rester triste pendant 3, 4 ans ou plus n’est pas pathologique. Se rappeler qu’aucun de ces états n’est obligatoire et que tous les proches n’évoluent pas simultanément, au même rythme.

Quelquefois, l’endeuillé doit encore se charger des mêmes émotions vécues par le reste de la famille (une veuve qui doit partager son deuil avec ses enfants, sa belle-mère ou d’autres proches).

Comment concilier ces deuils ? On ne peut pas prendre tout sur soi. D’abord se soigner : le corps physique y a laissé des plumes. Laisser de la place au temps et accepter que toutes ces émotions et tensions sont normales, difficiles à vivre, mais qu’elles cesseront.

Gérard Berney, aumônier et Jacques Wacker, médecin



















« Nous étions à la porte de l’hôpital et nous ne voulions plus rentrer dans l’appartement qui n’était déjà plus notre maison. Nous devenions des vagabonds chassés par la douleur. Vivre après… Car il y a une suite après la fin. »
Laure Adler, A ce soir, Gallimard, 2001



La FONDATION LA CHRYSALIDE propose des groupes de soutien pour enfants, adolescents ou adultes en deuil dont les objectifs sont d’accompagner et de favoriser le processus de deuil ; ils permettent l’expression des émotions, mais aussi des questions, des espoirs ou des craintes éventuelles, dans un cadre confidentiel et de non-jugement.






Complément "Accompagnement au deuil"



« Je me souviens… je devais avoir quatre ans. C’était jour d’école, mais j’étais encore trop petite pour y aller. La porte de l’église du village était ouverte. Je m’y suis glissée. Il y avait là quelques silhouettes sombres disséminées dans les bancs. L’une, surtout, a aimanté mon regard. Je l’ai reconnue à son odeur forte de forêt, d’humus, et de feu. C’était l’énorme bûcheron de la commune. Il me terrifiait avec ses allures d’ours et sa voix d’ogre. Je me suis approchée timidement de lui le long de la travée centrale. Il était debout, vêtu en dimanche. Sa main gauche pendait inerte le long de son corps. À hauteur de mes yeux. Une main d’ouvrier. Épaisse et recroquevillée. Ongles fendus, noirs, peau rêche et couturée. Un doigt en moins. Sa main droite tenait à hauteur de sa face un chapeau noir où il avait enfoui son visage. Il y faisait de drôles de bruits, de sons hauts perchés, étouffés par le chapeau. On aurait dit des piaulements de chatons. Je n’ai pas compris d’abord. L’homme pleurait ! Les épaules secouées, il sanglotait dans le secret de son chapeau. Je n’ai jamais oublié cet instant. Ainsi, on pouvait être redoutable et pleurer comme un tout petit. Ainsi les adultes étaient eux aussi livrés au désespoir et au chagrin parce qu’une vieille maman sénile était morte. »

Alix Noble Burnand, La mort tout conte fait, Ouverture, 2011



  • VIVRE LE DEUIL AU JOUR LE JOUR, Dr Christophe Fauré, Albin Michel, 2004

  • LE DEUIL, M.-Fr. Bacqué & M. H anus, PUF, 2000 – Que sais-je ? No 3558

  • JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS, film de Philippe Lioret, 2006

  • www.vivresondeuil-suisse.ch