Téléchargez les pages "Perdre un enfant"

Perdre un enfant

« Il me manquait tellement, je ne savais pas quoi faire de mes bras. »

C’est un drame. Le plus affreux, vécu comme l’arrachement d’une partie de soi-même. C’est inacceptable. Cette disparition est un non-sens. Perdre un enfant c’est la rupture de la filiation, des projets imaginés. C’est la mort d’un futur. Dans notre société, l’enfant est devenu le bien le plus précieux. Pour ses parents, mais aussi pour ses proches, ses amis, sa nounou, ses professeurs. Le violent choc va durer, la dépression et les sentiments de culpabilité vont envahir un large cercle d’amis. Un enfant est né pour vivre…

Le processus de deuil sera très long et absorbant. Le père et la mère sont dans leur solitude, leur désespoir, dans une « bulle de chagrin ». Une aide extérieure peut souvent être bénéfique, qu’elle soit individuelle ou en groupe. Parler reste l’aide essentielle, avec ses amis aussi.

Jacques Wacker, médecin

Témoignage: Valentina Villani Macri et Guiseppe Macri

Noa, née gravement handicapée en janvier 2001, est décédée à l’âge de sept ans, des suites d’une varicelle. Face à la gravité de son état, ses parents ont dû prendre avec les médecins la décision de l’extuber.

VALENTINA « Ce n’était pas une belle journée, une journée grisâtre. Au moment où il a fallu l’extuber, il y a eu un rayon de soleil. Noa, sans doute à cause de la chaleur, adorait être au soleil. Elle tournait sa tête vers le soleil pendant les promenades et elle se relaxait énormément avec la chaleur. Donc, on a demandé au médecin de lever les stores, on s’est mis face à la fenêtre, elle baignait dans le soleil. Elle était dans les bras de son papa… [ Silence ]

Pendant quelque temps - j’imagine que si elle avait parlé, peut-être qu’on aurait encore entendu sa voix - j’étais presque capable encore de sentir sa main, tellement je l’ai massée, et en plus les derniers jours… La sensation m’est restée longtemps, j’étais contente d’avoir gardé cette sensation tactile. »

GUISEPPE « C’est un vide énorme. Le deuil, c’est ça, c’est s’habituer. Je me suis habitué à ce qu’elle ne soit pas là, mais je ne peux pas tourner la page. »

VALENTINA « Et il y a tout un monde qui disparaît, sa physio, les Perce- Neige. Et l’Assurance Invalidité… ils sont venus très vite, récupérer son lit, son fauteuil. Ça a été très dur, ça fait très rapidement une chambre très vide… »




  • LORSQUE LA VIE ECLATE, l'impact de la mort d'un enfant sur la famille, Line Beaudet et Francine de Montigny, ERPI, Québec, 1996

  • APPRIVOISER L'ABSENCE. ADIEU MON ENFANT, Annick Ernoult-Delcourt, Fayard 1992

  • LA PERTE D'UN ENFANT AU FIL DU TEMPS, Annick Emoult, dans Le grand livre de la mort, collectif, Albin Michel, 2007, pages 284-290

  • Association suisse d'entraide de parents en deuil « Arc-en-ciel » - www.verein-regenbogen.ch


















  • Mourir avant de naître
    En Suisse, on estime qu’une grossesse sur trois à quatre n’arrive pas à terme. Et pourtant, le deuil d’un enfant qui n’a jamais, ou à peine, vu le jour est encore peu reconnu. Le centre funéraire d’Yverdon a créé un jardin du souvenir à l’initiative d’Esther Wintsch, consultante en deuil périnatal : « Parce que la peine ne se mesure pas en semaines de grossesse. »


    L'exposition
    LE DEUIL D'UN ENFANT EPHEMERE sera présentée du 23 octobre au 28 novembre 2012 dans le hall d'entrée de l’HNE - Pourtalès, à Neuchâtel.






    Complément "perdre un enfant"



    Témoignage: Ariane

    « Notre enfant est mort à la naissance et je trouve important d’envoyer des faire-part, parce que tout le monde attend celui de la naissance. Lorsque les gens savent, ils vous abordent autrement, ça fait moins mal.

    Nous avions écrit : « Notre cher petit Antoine est né dans la matinée du 25 septembre, mais son coeur avait déjà cessé de battre…» Tout le monde s’est manifesté, d’une façon ou d’une autre, même six mois après, ça fait du bien. On a gardé tous les mots reçus, parce que ça porte, vraiment !

    Une autre chose m’a aidée : Une sage-femme m’a dit que Jean-Marc et moi allions sans doute vivre les choses très différemment, à des r ythmes différents aussi. On se sent vite abandonné par l’autre. On a chacun sa douleur. Et de le savoir, ça aide… »

    Témoignage: Stéphanie Beroud

    « Je suis arrivée à la garderie, ça faisait deux semaines que j’avais repris le travail, les gens pleuraient, un pompier était là… On m’a demandé de m’asseoir, sur une chaise, toute petite. On m’a dit : « Noé ne s’est pas réveillé après la sieste, il est à l’hôpital ! » Noé avait presque six mois. Son coeur s’est arrêté, en raison d’une grave malformation sans signe visible jusqu’à ce matin du 23 mars 2006. On est complètement KO. On ne sait pas quoi faire, on a mal partout, mais nulle part… On pleure. On est dans une autre dimension. Le monsieur des Pompes funèbres m’a dit : « J’aimerais un bonnet…» Et là, j’ai réalisé ce qu’on avait fait à notre fils, pendant l’autopsie. On atterrit le jour où on l’enterre, je pense. On voit le cercueil, ce petit cercueil. C’est définitif. Là, il n’y a plus rien. C’est le moment le plus difficile. Et puis ce vide, ce manque physique, il est horrible. Il me manquait tellement, je ne savais pas quoi faire de mes bras. Je me souviens qu’une amie m’a demandé ce qu’elle pouvait faire pour moi. J’avais une petite corbeille où je mettais le linge de Noé et je lui ai demandé de s’en occuper, je ne pouvais pas le jeter et je ne voulais pas qu’il reste sale. J’ai retrouvé ses petites affaires, elle en avait pris un soin. » Aujourd’hui, dans le salon de la maison, il y a des photos de Noé, à côté de celles de sa soeur, Aurore, née un an après le décès de Noé. « Oui, les photos de Noé sont là, j’en ai toujours dans mon porte-monnaie. Je les ai toujours avec moi. Tout le temps. Parce que quand on ferme les yeux, on ne l’imagine plus vraiment. J’ai peur d’oublier son visage. »

    Témoignages recueillis par Francine del Coso, journaliste, Jacques Wacker, médecin et Anne Fontaine, femme ressource