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Le dire à un enfant

« Est-ce qu’on sera grands, quand vous serez morts ? »

A tous les âges et dès 6 mois, l’enfant va ressentir les changements de son environnement. Même s’il ne peut se représenter la mort, il va ressentir la tristesse, l’absence. La question fréquente est : que faut-il leur dire ? Dès la première année, jusque vers 2-3 ans, l’importance sera de le rassurer (« Maman est triste, ce n’est pas à cause de toi ») et surtout de lui faire sentir qu’il n’est pas abandonné (« Je pars quelques minutes en ville, mais je reviendrai et te lirai une histoire »). Jusqu’à 5 ans l’attitude est de nommer la mort et de ne pas nourrir cet imaginaire très riche à cet âge par des phrases telles que : « Il est parti en voyage » ou « elle est montée au ciel » ; mais aussi de rassurer, d’écouter ses questions, d’être attentifs aux sentiments de culpabilité non exprimés ou de maintenir les rituels, spécialement au coucher.

Plus délicate est la situation d’un jeune adolescent en perte d’un parent, d’un frère ou d’une soeur ; très fragile, il est pris entre le début d’une indépendance et son envie de retrouver le confort d’un comportement d’enfant. Souvent il va masquer sa douleur et être prévenant, attentionné, remettant à plus tard l’expression de sa douleur. Les culpabilités, la peur d’oublier la personne disparue viendront sans cesse animer ce tableau de tristesse. Les phrases des adultes auront une importance capitale, d’où l’attention de dire vrai, de ne pas mentir, d’admettre aussi son incompréhension.
Faut-il immerger un jeune enfant dans les cérémonies ? La réponse est oui car en participant par sa présence, un poème, un bouquet de fleurs, il perçoit la réalité de la perte, la tristesse des proches. Un partage en classe permettra au groupe de faire rempart autour de l’enfant endeuillé et de créer une communauté émotionnelle. Quant aux décès violents, le suicide par exemple, personne ne devrait soustraire la vérité ; elle sera donnée dans des temps choisis.

Jacques Wacker, médecin




  • VIVRE LE DEUIL AU JOUR LE JOUR, Dr Christophe Fauré, Albin Michel, 2004, pages 153-178 et 178-202

  • PARLER DE LA MORT A L'ECOLE, Enbiro, 2008

  • AU REVOIR BLAIREAU, Susan Varley, Gallimard jeunesse, 1984


















  • Mots à éviter
    « Il est parti », « Il est monté au ciel », « Elle dort »,…






    En général, l’enfant n’a pas peur de la mort, c’est une idée d’adulte ; en revanche il a peur d’être abandonné.
    Et pour lui, la mort est contagieuse : d’où la nécessité de lui dire que pour l’instant ceux qui restent ne risquent pas de mourir.
    (Le grand livre de la mort, p.176)








    Témoignage: Valentina et Guiseppe

    Au moment où Noa est décédée, à l’âge de 7 ans, ses frères jumeaux Vladimir et Quentin avaient 3 ans et demi.

    VALENTINA « On a toujours parlé clairement à nos enfants, ils savaient que Noa était handicapée, qu’elle avait été malade et qu’elle en était morte. On a vraiment dit les choses clairement et simplement. Avec l’aide du pédiatre, aussi. »

    GUISEPPE « C’est important d’avoir des professionnels, les amis, la famille qui nous soutiennent. La question aussi, c’est : Est-ce qu’ils doivent voir leur soeur ? Ils l’ont vue et ils l’ont touchée. »

    VALENTINA « On les voit quand même préoccupés par la mort, et par notre mort à nous : « Est-ce qu’on sera grands, quand vous serez morts ? » On leur explique que normalement, ce n’est pas pour tout de suite. [Elle sourit.] Mais bon, on ne peut rien promettre non plus. Ils font leur chemin avec ça, ça fait partie de leur vie. »

    Témoignage recueilli par Francine del Coso, journaliste et Anne Fontaine, femme ressource