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Souffrir et survivre

Résilience…

La résilience est la propriété d’un matériau de revenir à sa forme originale après avoir été déformé. Par analogie on emploie le terme de résilience pour caractériser chez l’être humain la capacité de rebondir, de revivre après un traumatisme. Boris Cyrulnik a popularisé cette notion dans bien des situations : guerre, viol, torture, abandon, maladie et deuil. Comme si nous avions en nous des sortes de ressorts qui permettent de redresser, réparer ces corps blessés, cassés. Dans le cas des proches endeuillés, ce concept est réconfortant. Car il existe chez chacun, au plus profond de son inconscient, de ces « tuteurs » qui, comme pour une plante, vont permettre de croître. On ne sait pas ce qu’ils sont, mais ils vont soutenir la lente guérison.

Il y a aussi des tuteurs « externes », la foi pour certains, les amis, les voisins, les anonymes qui envoient un mot, préparent un repas, offrent un service ou tout simplement une écoute. D’autres tuteurs peuvent encore contribuer à se reconstruire : écrire un journal intime, reprendre force dans la nature, lire de beaux textes, rencontrer des groupes d’endeuillés. A chacun sa solution personnelle pour garder le souvenir et créer un nouveau lien, intérieur, avec la personne disparue et enfin pour se réajuster aux changements survenus. La cicatrisation sera lente et la marque indélébile, mais la souffrance sera moins lourde à porter.

Jacques Wacker, médecin



  • UN MERVEILLEUX MALHEUR, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 1999














  • « Et pourtant du tréfonds de votre être, « quelque chose » est en train de se passer, « quelque chose » est en devenir. C’est imperceptible au début et si subtil parfois que vous mettrez du temps avant de vous en apercevoir. Vous le découvrez au détour d’une parole ou d’une pensée. C’est aussi ténu qu’un matin où, contrairement aux autres jours, le coeur semble un peu moins serré, un peu moins lourd. Vous osez à peine y goûter que cela s’évanouit… Cependant, si fugace soit-il, cet instant laisse dans son sillage l’indéniable parfum de quelque chose de neuf, de frais, de nouveau, comme l’écho d’une promesse, que vous ne parvenez pas encore à formuler. Mais vous ne pourrez plus faire comme si rien ne s’était passé… Au début, vous ne voudrez pas y croire, tellement sera encore forte l’emprise de la culpabilité ou de la dépression. Mais pourtant c’est là : une invitation à croire que la vie peut être autre chose que ce torrent de souffrance qui vous ballotte depuis déjà trop longtemps. » Christophe Fauré,

    APRES LE SUICIDE D'UNE PROCHE, Albin Michel, 2007